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Prêt à écouter.

Maeril ne répondit pas tout de suite à Caereth.

De l’autre côté de la clairière, un elfe prononça le nom de Rishi. Un autre répondit par celui de Maeril.

Sa main s’était stabilisée depuis la boule de feu. La pression au-delà des arbres, non.

« Ils ont peut-être en partie raison. »

Les yeux de Caereth se plissèrent. « Ce n’est pas la première chose que je leur dirais. »

« C’est la première chose qu’ils sauront si je mens. »

Rishi se tenait près d’elle, le Bâton vivant planté à côté d’une botte. Sa prise restait souple. Seule sa posture disait à Maeril qu’il avait entendu chaque voix.

Maeril tendit les mains.

« Il me faut le bâton. »

Il le lui donna.

Le bois vivant se réchauffa contre ses paumes. Sous ses nouvelles veines se trouvaient les sillons qu’elle avait creusés à Château-Suif, les vieilles bandes de Rishi et les protections qu’ils avaient bâties ensemble. Le bosquet avait tout changé après le retour de Rishi à la vie. Ce qui avait autrefois porté leur magie portait maintenant le souvenir d’un autre lieu blessé.

Un élément de preuve, se rappela Maeril. Pas une carte du mythal.

Maeril fit face à Elenya, haussant assez la voix pour atteindre Thiarel.

« Il me faut ce que chacune de vous a ressenti avant l’apparition de la première araignée. Pas ce que vous pensez que cela signifiait. Ce qui s’est passé. »

La clairière ne devint pas silencieuse. Elle se fit attentive.

Thiarel laissa le membre de son clan revenu à la vie aux soins du guérisseur et vint vers eux. Elle tenait son bras brûlé près du corps, maintenant que l’urgence ne lui en cachait plus la douleur. Faelar la rejoignit depuis le bord du cercle, un arc débandé en travers du dos et une bande sanglante de tissu de fête nouée autour d’une main.

Maeril posa l’extrémité inférieure du bâton dans la terre.

« Les racines d’abord », dit-elle à Thiarel.

Thiarel s’accroupit. Sa main intacte s’enfonça dans l’humus.

« Elles se sont repliées vers l’intérieur pendant l’énoncé des noms », répondit-elle. « Après la réponse du mythal, elles ont tiré vers l’est. Quand les araignées sont passées, elles ont eu un mouvement de recul. »

Maeril regarda Faelar. « Les protections de la maison ? »

« Les marques extérieures n’ont pas cédé », dit-il. « Trois alertes intérieures ont retenti. Les trois affirmaient que quelque chose était passé depuis l’intérieur de leur périmètre. »

« Pas à travers le périmètre. »

« Non. »

Cela écartait une explication.

Maeril se tourna vers Elenya en dernier. « La pulsation dans le creux. Suivait-elle le rite ou le bâton ? »

La bouche de la Mère des Racines se serra tandis qu’elle réfléchissait.

« Chaque nom prononcé tirait une réponse du mythal. Le mouvement se renforçait à mesure que les noms se succédaient. Je n’ai senti le bâton que plus tard, lorsque je suis allée le chercher dans votre loge. La pulsation a atteint le sol sous moi d’abord, puis le bois. »

« Et par les yeux de mon faucon, j’ai vu la lumière se rassembler le long de trois courbes. »

Elenya hocha la tête.

Maeril referma les deux mains à l’endroit où ses marques d’abjuration croisaient le bois. Elle connaissait ces lignes. Elle savait quelle résistance on sentait lorsqu’une protection rencontrait une force qu’elle avait été faite pour détourner.

« Thiarel, le sol encore une fois. Faelar, touchez au-dessus de ma main gauche. Dites-moi quand une des marques de votre maison répond. »

Personne ne protesta.

Thiarel posa une main sur le bâton et l’autre sur la terre. La paume bandée de Faelar se posa au-dessus de celle de Maeril. Elenya se tenait en face d’eux, à l’écoute.

Maeril prononça le début d’un sortilège de détection.

Une lumière pâle entra dans les entailles du bâton. Elle suivit son ancienne géométrie sur trois pouces, rencontra les veines vivantes et se divisa.

Une ligne descendit dans le sol.

Une autre s’enroula autour du poignet de Thiarel sans toucher sa peau.

Une troisième monta au-delà de la main de Faelar et s’éteignit.

Maeril ferma les yeux.

Le diadème lui ménageait l’espace nécessaire pour tenir ensemble les réponses de Thiarel, les observations de Faelar sur les protections et la pulsation du bâton. Elle gardait leur ordre bien clair à l’esprit tandis que ses mains stabilisaient les lignes de détection.

Elle ne voyait pas le mythal.

Personne, à l’intérieur de la Haute Magie, ne pouvait en sortir par la pensée pour en admirer le dessin tout entier. Vaelos le lui avait appris avant qu’elle touche jamais à la blessure de Myth Rhynn. Un mythal était un ensemble de buts, de permissions, de protections et de réponses tissé à travers un lieu jusqu’à ce qu’on ne puisse plus séparer le sortilège du lieu.

Elle pouvait voir ce qui exerçait une pression sur le bâton.

Le sortilège du souvenir avait laissé une empreinte profonde dans la clairière. Ce n’était pas une porte ouverte, et il n’avait pas arraché les morts à leur repos. Les vivants et les morts dont ils gardaient le souvenir s’étaient tournés vers les mêmes noms au cours d’un rite ancien. C’en était la conséquence magique.

Le mythal endommagé avait répondu à cette concentration.

Le bâton avait répondu au mythal.

Aucune des deux réponses n’avait suivi un chemin sans heurt.

La pression descendit le long du bâton et rencontra les racines de Thiarel. Elle tressaillit.

« Cela tire vers l’est », dit-elle.

Maeril ajusta le sortilège.

La main de Faelar se resserra. « Une marque de protection a répondu. »

« Laquelle ? »

Il en nomma une. Elenya expliqua où elle se trouvait : bien à l’intérieur des terres protégées de la maisonnée, à l’est du creux du souvenir.

Maeril suivit cette réponse jusqu’à ce qu’elle bute sur quelque chose de fermé.

Pas un mur. Une absence.

La magie se repliait autour d’un petit coin de forêt et refusait d’admettre qu’il y eût quoi que ce soit à l’intérieur. La dissimulation était ancienne, dense et sous tension. Chaque pulsation du mythal la frappait. Chaque fois qu’elle résistait, la force revenait par les voies endommagées.

Ce retour ne se répartissait pas également.

Il trouvait les points faibles.

Maeril ouvrit les yeux et regarda à travers la clairière. De la toile brûlée pendait au-dessus d’un de ces points. Près d’un autre, les contours d’un cadavre d’araignée clignotaient, son corps incapable de décider quel monde devait le garder.

Elle déplaça le bâton vers le résidu le plus proche.

La ligne de détection frissonna.

Là.

Pas des traces à travers les broussailles. Pas une brèche dans les protections extérieures. Des éraflures là où quelque chose avait forcé le passage entre le monde matériel et le lieu à côté de lui.

« Les araignées sont passées ici. »

Faelar jeta un regard vers les arbres de protection. « À l’intérieur de nos limites. »

« Depuis un autre plan. Votre frontière n’a pas cédé, puisqu’elles ne l’ont jamais approchée dans ce monde. »

Les voix montèrent aussitôt.

Maeril garda une main sur le bâton et attendit.

« Le bâton », dit un elfe. Le sang marquait le devant de sa robe. « Il les a appelées. »

« Il a joué un rôle dans ce qui s’est passé. »

Plusieurs voix se turent.

Maeril referma le sortilège de détection avant qu’il n’affaiblisse ses mains. La lumière se retira par les gravures. Thiarel ôta sa paume du sol, mais garda l’autre sur le bâton.

Maeril dit : « Le mythal est fracturé et toujours actif. Votre rite du souvenir a tiré une réponse de lui, et le bâton a répondu à son tour. Il porte une puissance venue d’une autre partie de la même blessure. »

Elle désigna l’est.

« Quelque chose de caché tout près a résisté à ces réponses. La tension est revenue par des voies qui ne la portent plus sans danger. Lorsque la pression a atteint un point où la séparation entre les plans était mince, les araignées ont trouvé un passage. »

« Trouvé ? » demanda un autre elfe. « Ou bien on les a appelées ? »

« Je peux vous montrer comment elles sont entrées. Je ne peux pas vous dire ce qu’une créature affamée a pensé en voyant la voie ouverte. »

La bouche de l’elfe se pinça. Maeril poursuivit.

« Ce n’est pas Rishi et moi qui avons brisé votre mythal. Ce n’est pas votre rite. Ce n’est pas le bâton. Mais nous avons tous exercé une pression sur ce qui était déjà endommagé, au même moment, au même endroit. »

Sa gorge s’était serrée. Elle se força à dire clairement la suite.

« Nous sommes impliqués. Vous aussi. Et ce que votre forêt cache aussi. Si vous voulez une seule main à blâmer, je ne peux pas vous la donner. »

Thiarel se tourna pour s’adresser à sa maison en elfique. La main de la druide brûlée restait sur le bâton.

Faelar prit sa suite. Il désigna chaque marque intacte de la frontière, puis les endroits où les araignées étaient apparues.

La colère ne disparut pas.

Elle se divisa. Des questions remplacèrent certaines accusations. Des elfes se tournèrent vers les arbres de l’est. D’autres regardaient Elenya, attendant un jugement qu’elle ne leur donnait pas.

La Mère des Racines leur répondit brièvement en elfique.

Caereth se pencha vers Maeril. « Elle leur a dit que le deuil n’excuse pas une fausse certitude. Elle a aussi dit que vous n’aviez pas reçu l’absolution. »

« Bien. »

« Bien ? »

« Cela veut dire qu’elle a écouté. »

Les genoux de Maeril avaient commencé à trembler. Elle rendit le bâton à Rishi avant que quelqu’un puisse décider qu’elle avait besoin d’aide pour le faire.

Il en accepta le poids et regarda ses mains.

« Tu es fatiguée. »

« Je suis debout. »

« Les deux peuvent être vrais. »

Elle cherchait une réponse lorsqu’un mouvement surgit à l’ouest de la clairière.

Sirael sortit des arbres.

Un bandage neuf apparaissait sous le côté déchiré de sa robe. Elle portait son arc court dans une main, mais l’autre restait près de ses côtes. Un guérisseur marchait à son épaule.

Trois jeunes elfes les suivaient, enveloppés de couvertures par-dessus leurs vêtements de fête tachés de toile.

Nessari marchait au milieu.

Des gens appelèrent son nom.

Elle s’arrêta sous la force de leur attention. Son regard parcourut les robes ensanglantées, les tables dévastées et les corps des araignées.

Puis elle vit Rishi.

Nessari courut.

Rishi planta le bâton avant qu’elle l’atteigne et abaissa son centre de gravité. Elle le percuta assez fort pour déplacer son corps meurtri d’un demi-pas. Son visage se crispa, mais son bras libre s’était déjà refermé autour d’elle.

Elle enfouit son visage contre sa poitrine.

La clairière entendit son premier sanglot.

Rishi posa un genou à terre. Il garda le bâton droit dans une main et étendit l’autre sur le dos de Nessari. Il ne lui dit pas d’arrêter de trembler.

« Vous m’avez rattrapée », dit-elle contre la robe de Rishi.

« Oui. »

« Je croyais que j’allais tomber jusqu’en bas. »

« Tu n’es pas tombée jusqu’en bas. »

Elle leva le visage. De la boue striait une joue. Une coupure peu profonde traversait son front sous un baume de guérisseur.

« Merci de m’avoir rattrapée. »

Rishi inclina la tête jusqu’à ce que leurs fronts se touchent.

« Je suis heureux d’avoir pu te rattraper. »

Maeril regarda au-delà d’eux.

L’elfe qui avait accusé le bâton baissa les yeux. Une autre desserra ses deux mains autour du couteau de cuisine qu’elle portait encore. Près des arbres, Sirael regardait Nessari s’agripper à Rishi sans rien dire.

Personne ne reprit cette accusation si simple.

À la lisière de la conscience de Maeril, la protection dissimulée à l’est de la clairière restait crispée autour de son secret.