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Prêt à écouter.

Maeril trouva le loquet à l’intérieur de la jointure secrète. Le panneau de pierre bougea dans un raclement sec.

Rishi reprit son bâton et entra le premier. Après le bruit qu’ils avaient fait, il s’attendait à de la compagnie.

La pièce cachée sentait le tombeau.

Des toiles d’araignée voilaient un lit ovale à baldaquin. Des os apparaissaient sous les couvertures pourries. Deux étagères étroites se dressaient contre les murs ; leurs rangées inégales témoignaient de tout ce qu’on avait déjà emporté.

Un crâne noirci flottait au centre de la chambre, une flamme verte dans les orbites. Il se tourna à l’entrée de Rishi. « Sortez de chez moi ! » cria-t-il.

Rishi prit appui d’un pied sur le cadre du lit et s’éleva pour frapper à deux mains. Son bâton fendit le crâne du sommet à la joue et l’envoya tournoyer dans son propre feu.

Le crâne se rétablit en l’air et regarda Maeril derrière Rishi. Une étincelle orange se forma entre ses mâchoires.

« À terre ! » cria Maeril. Elle pivota derrière l’étagère la plus proche au moment où l’étincelle traversait la pièce. Le feu jaillit à travers les toiles et les rideaux. Les livres perdirent des feuillets en flammes. Rishi se plia sous la déflagration et roula derrière le cadre du lit, son bâton serré contre lui. La chaleur carbonisa sa robe.

De l’autre côté de la chambre, Maeril heurta le sol dans une flambée de protections blanches comme le givre. Le feu se sépara autour de ses poignets et de son col. Elle se releva sur un genou, la manche fumante, tandis que le crâne se tournait de nouveau vers Rishi.

Elle projeta une main dans l’air brûlant. Une force psychique frappa la fissure ouverte par le bâton. La fracture se ramifia sur la face du crâne, libérant du feu vert, puis l’os éclata. Des fragments rebondirent dans la cendre.

« Ça a été rapide », dit Maeril.

Une braise verte luisait dans un fragment.

Elle la regarda pulser. « N’y pensez même pas. »

Rishi fit naître une petite lumière chaude dans sa main libre pendant qu’elle fouillait. La plupart des toiles et de la poussière avaient brûlé ; le squelette se distinguait nettement sous la literie. Maeril prit un livre roussi sur une étagère et le secoua, faisant tomber une pluie de cendre.

Sur le sol, deux morceaux du crâne se rapprochaient en raclant la pierre.

Maeril trouva L’Homme de Damarie coincé parmi les livres. Son dos était rigide, et la répartition de la poussière autour avait quelque chose d’anormal. Elle tira le bloc peint. Un compartiment secret s’ouvrit brusquement sous l’étagère.

Une baguette reposait à l’intérieur.

Maeril l’approcha de son œil et la fit tourner entre ses doigts. « Une baguette des entraves. Il avait gardé une réponse utile. »

Elle rangea la baguette et inspecta les murs. Une seconde porte secrète donnait sur le couloir piégé.

La lumière de Rishi pénétra par l’étroite ouverture. Elle éclaira l’apprenti mort et l’anneau de laiton à sa main tendue. Au-delà, le démon gisait près de l’escalier.

L’odeur amère persistait.

Maeril referma le panneau. « Non. »

Rishi regarda une dernière fois l’anneau qu’ils laissaient derrière eux. « Non. »

Ils traversèrent la chambre brûlée. Derrière eux, les fragments du crâne se traînaient les uns vers les autres ; chaque mouvement était si infime qu’il aurait été absurde de s’arrêter pour le regarder. Si la salle de la rune n’offrait aucun passage vers le haut, le magicien mort serait peut-être leur dernier guide possible.

La première porte secrète les ramena dans la salle de la rune. Maeril fouilla les murs, mais ne trouva que les deux portes qu’ils connaissaient déjà.

Elle ferma l’œil. « Bien sûr. »

Maeril posa la paume sur la pierre fissurée, là où s’était trouvée la rune. « Le mur est tombé. Ça compte. »

Rishi désigna la chambre du menton.

« S’il avait un familier », dit Maeril, « il avait peut-être une cage. »

Rishi la suivit par la porte secrète. « Ce sont de bien maigres fondations pour un plan. »

« C’est plus que ce que la tour nous a donné. »

Sur le sol de la chambre, des morceaux du crâne raclaient la cendre pour se rejoindre.

Rishi fouilla sous le lit pendant que Maeril regardait l’os se reconstruire.

Il en tira une longue boîte de fer. La rouille en marbrait les flancs. Un couvercle à barreaux reposait sur des charnières raides ; les espaces entre les barres étaient trop étroits pour laisser passer un poing, et de courtes pointes hérissaient l’intérieur sombre. « Ce n’est pas une cage pour familier. »

Maeril examina les charnières. « Non. Mais les dimensions sont excellentes. »

Rishi posa la boîte près des fragments qui se rassemblaient et fit levier avec son bâton pour ouvrir le couvercle. À mesure que les morceaux s’approchaient, il les poussa à l’intérieur du bout ferré. Maeril employa une main spectrale pour recueillir ceux qui étaient hors de sa portée.

Ils attendirent.

Le crâne mit près d’une demi-heure à se reconstituer dans la boîte. Les dents reprirent place dans la mâchoire. Les fissures se rejoignirent avec des claquements secs. La flamme verte passa d’un morceau à l’autre jusqu’à ce que le crâne entier s’élève vers le couvercle ouvert.

Sa bouche s’ouvrit. « Sortez de chez— »

Rishi rabattit le couvercle à barreaux du bout ferré de son bâton. Maeril abaissa le loquet.

Le fer sonna. Du feu vert jaillit entre les barreaux quand le crâne se cogna au couvercle. La boîte bondit sur le sol. Rishi posa une sandale dessus et la maintint contre la pierre.

Maeril s’accroupit près d’elle.

Son œil valide s’éclaira. Sa voix emplit la chambre brûlée, plus grave que sa poitrine n’aurait dû le permettre, et l’ombre de ses cornes s’étira sur le mur. « Criez encore, et Rishi vous brisera en morceaux. Quand il aura fini, je dissiperai tout ce qui tentera de vous reconstituer. »

Le crânefeu heurta de nouveau les barreaux.

Rishi pesa davantage sur son pied.

Le crâne s’immobilisa.

Maeril laissa sa voix retrouver son registre ordinaire. « Nous ne sommes pas ici pour vous. »

« Je suis Duhlark Kolat. Vous êtes chez moi. »

« Manshoon aussi. »

Le feu dans la boîte s’aviva assez pour faire rougir un barreau.

« Voleur », dit Duhlark. « Il est venu après ma mort et ne m’a même pas laissé cela. Visage jeune. Pourriture ancienne. Une fausse main et un nom emprunté. »

Maeril se rassit sur son talon. « Je suis abjuratrice et je crée des protections. J’ai assez vu cet endroit pour savoir ce qu’il a fallu pour le bâtir. »

« Vous avez détruit le champ. »

« Je peux reconnaître du beau travail et refuser tout de même de le laisser tuer des oiseaux. »

La mâchoire du crâne se crispa.

« Vous avez bâti tout cela seul ? » demanda Maeril.

« Avec mon frère. Alcedor invitait tous les imbéciles de passage à admirer notre œuvre. J’ai dressé le champ pour les tenir dehors. »

« Et votre frère ? »

« Il est parti. Il aurait ouvert notre œuvre aux parasites. »

Rishi regarda les pointes tournées vers l’intérieur de la boîte. « Tout le monde a-t-il pu partir ? »

La flamme verte se resserra autour de l’os. « Dame Gondafrey est venue poser des questions sur des ouvriers disparus. Des apprentis. Le Guet ne comprenait pas ce que nous faisions ici. »

« Que lui avez-vous fait ? »

« Une gargouille ne vieillit pas. Je lui ai donné la permanence. »

« Vous l’avez enfermée dans la pierre parce qu’elle ne cessait de vous demander ce que vous aviez fait », dit Maeril.

Le crâne ne répondit pas. Rishi déplaça son poids, et le couvercle grinça sous sa sandale. « Est-elle toujours ici ? »

« Manshoon l’a gardée. Il garde ce qui l’amuse. Il m’a relevé d’entre les morts pour que je garde mes propres os. »

Son feu se tourna vers le lit en ruine. « Il porte ma maison comme un vêtement. Mon œuvre lui sert d’échelle sous les bottes. »

« Il nous faut le cercle qui mène à lui », dit Maeril.

« Au sommet de la tour extérieure. Ses appartements sont au-delà. »

« Nous avons suivi les escaliers depuis le salon de lecture », dit Rishi.

« Et vous êtes arrivés dans ma chambre. La passerelle est en dessous de vous. »

Maeril se rapprocha. « Il n’y avait pas d’autre porte. »

« Le mur près de la porte de la bibliothèque. Un loquet sous la moulure. Si vous l’aviez ouvert, vous auriez trouvé la passerelle. »

« Sera-t-elle visible maintenant que le champ est tombé ? »

« Vous avez brisé le champ, pas le déguisement de la porte. Trouvez le loquet. »

Rishi regarda Maeril. « Grim nous a envoyés en haut. »

Elle pinça les lèvres. « Nous lui en parlerons. »

Elle se tourna vers le crâne. « On a amené une femme humaine par ici récemment. Lysaerra Harlowe. Une cartographe. Quelqu’un a abîmé sa mémoire avant que Manshoon l’enlève. »

Le feu baissa.

« Je ne connais pas ce nom. »

Les doigts de Rishi se crispèrent sur son bâton.

Duhlark poursuivit : « J’ai entendu une femme dans l’escalier. Droguée ou ligotée. Elle refusait de crier pour lui. »

Rishi se pencha vers la boîte.

« Il l’interrogeait sur de vieilles rues. Des caves », continua Duhlark. « Elle lui a dit qu’elle ne se souvenait pas. Il a répondu : “L’absence est plus utile que le souvenir.” Puis il lui a fait traverser le cercle. »

« Elle était encore vivante ? »

« Quand elle l’a traversé. Il n’en avait pas fini avec elle. »

« Est-il là-bas ? » demanda Rishi.

« Ses véritables appartements y sont. Quant à savoir si l’homme vous y attend, je ne saurais le dire. » Le feu de Duhlark se tourna vers lui. « Ne vous fiez pas au visage qu’il porte. Ne vous fiez pas à la raison dans sa bouche. Ne le laissez pas se servir de votre clémence. »

L’avertissement trouva sa place trop facilement.

Maeril se rapprocha de Rishi jusqu’à ce que son épaule touche son bras. « Pourquoi nous aider ? »

Duhlark garda le silence assez longtemps pour que Rishi entende la pluie crépiter contre la fenêtre. Puis il dit : « J’ai ruiné cette maison. Il n’a pas gagné le droit de s’en vêtir. »

Maeril soutint son regard vert à travers les barreaux. « Vous admettez ce que vous étiez ? »

« Je me souviens par morceaux. »

« Vous étiez abominable. »

« Oui. »

« Manshoon est pire. »

Les flammes s’élevèrent. « Oui. »

Rishi retira son pied du couvercle. Duhlark ne bougea pas.

« Peut-on libérer Gondafrey ? » demanda-t-il.

« Sa porte est verrouillée et porte la marque de Manshoon. Le glyphe ôte la vue. Elle connaît la tour. Elle connaît la justice. » Le crâne marqua une pause. « Elle ne sera pas ravie de me voir. »

« Bien. »

Maeril se releva. « Voici donc notre accord. Vous venez avec nous, vous restez tranquille et vous nous dites la vérité. Nous débarrassons de Manshoon autant de votre tour que nous le permettra le sauvetage de Lysaerra. Mentez, et je vous défais. Aidez-nous, et quelqu’un de meilleur que nous deux pourra décider de ce que mérite ce qui reste de Duhlark Kolat. »

« Je suis Duhlark Kolat. »

« Vous êtes un crâne dans une boîte à pain disciplinaire. Vous pouvez rester dans cette chambre si vous préférez. »

« Cet état est temporaire. »

Rishi s’accroupit près de la boîte. « Venez, et vous pourrez savoir comment cela finit. »

L’air chargé de l’odeur de pluie passa sur le lit carbonisé. Duhlark tourna dans la boîte, une dent raclant l’une des pointes intérieures. « J’aiderai à chasser Manshoon. »

« Gondafrey ? » demanda Maeril.

Le feu devint mince et dur.

« Je ne vous empêcherai pas de la libérer. »

« C’est moins que ce que j’ai demandé. »

« C’est plus que ce que je dois. »

« Vous lui devez tout. »

Duhlark ne répondit pas.

Maeril assura le loquet. « Ça suffira jusqu’à ce qu’elle puisse vous répondre elle-même. »

« Prenez la baguette des entraves. »

« Je l’ai trouvée. »

Le crâne réfléchit. « Bien. »

« Abominable bonhomme. »

« Sortez de chez moi. »

« Quand nous aurons fini. »

Rishi enveloppa la poignée brûlante de tissu arraché aux rideaux, puis y passa une vieille lanière de cuir. Il la mit en bandoulière et laissa la boîte reposer sur la hanche opposée, à l’écart de son bâton. Le feu vert luisait entre les barreaux.

Ils ouvrirent la seconde porte secrète de la chambre.

L’air amer s’insinua par l’ouverture.

Maeril se tint en retrait du seuil. Une main pâle et spectrale apparut au-dessus de sa paume et flotta dans le couloir. Elle demeura plus haut que les bouches des murs jusqu’à atteindre le corps.

Le doigt de l’apprenti avait enflé. L’anneau buta sur l’articulation.

Maeril le dégagea avec précaution.

Aucun sifflement ne vint du mur. La main fantomatique revint et déposa l’anneau dans la paume de Maeril.

« Trois », dit Maeril.

« Un compte exact pour une femme qui s’obstine à choisir la mauvaise porte », dit Duhlark.

Elle glissa l’anneau dans une bourse. « Je peux suspendre la boîte à l’envers. »

Le feu vert s’éloigna des barreaux.

Le couloir les séparait encore de l’escalier qui descendait. Maeril posa une main sur Rishi et vérifia que la boîte était à l’écart du mur avant de plier de nouveau l’espace autour d’eux.

Ils reparurent près de l’escalier brisé, du côté le plus sûr.

« Encore de la magie dépensée », dit-elle.

« Une conséquence de votre raccourci. »

« Une conséquence de votre architecture. »

Ils descendirent par l’atelier dévasté, en contournant les membres de fer éparpillés.

Dans la salle d’invocation, les deux autres corps gisaient près du cercle détruit. Un brasero fumait encore. L’odeur de fiélon et de sang brûlé s’accrochait à la pierre.

Rishi s’agenouilla près de chaque corps. Il vérifia la respiration et le pouls avant de retirer les anneaux de laiton, même si la certitude l’avait gagné avant qu’il les touche.

Il tenait ces jetons sans rien de la satisfaction qu’apporte la découverte d’un outil.

« Les enfants de sortilège de Manshoon », dit Duhlark.

Maeril regarda la boîte. « Vous aviez des apprentis. »

La lumière verte faiblit.

« Oui. »

Rishi referma la main sur les anneaux.

Ils en avaient maintenant assez pour faire passer d’autres personnes par le cercle. Le prix de cet avantage gisait à ses pieds.